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Les entreprises s’ouvrent aux bitcoins

Malgré sa réputation sulfureuse, la « monnaie des geeks » est de plus en plus acceptée par des marques issues des médias, des loisirs ou des télécoms. Enjeux Les Echos, Juillet 2014.
Au printemps, Monoprix a annoncé son intention d’accepter les règlements en bitcoins d’ici à la fin de l’année sur son site Internet, mais aussi, « sans doute », dans ses magasins, grâce à un système de paiement­ par téléphone mobile en préparation. L’enseigne des citadins branchés est le premier grand nom français à franchir le pas, dans la foulée de dizaines de petits commerces ayant adopté la monnaie virtuelle depuis son lancement en 2009 : un bar à sushi lyonnais, une galerie d’art contemporain parisienne, une entreprise de drones, une boutique informatique en ligne, un cabinet d’avocats low cost, etc. Plusieurs obstacles freinent son adoption par les entreprises : une réputation sulfureuse – l’opinion l’associe au blanchiment de fonds et aux scandales, comme le piratage de la plate-forme d’échange japonaise, MtGox ; l’extrême volatilité du cours ; le faible volume de bitcoins en circulation. Il y en avait à la mi-juin l’équivalent de 5 milliards d’euros, à comparer aux 8 000 milliards de masse monétaire mondiale. Et pourtant des pionniers s’y sont mis, à la fois pour la publicité que cela leur apporte et à titre expérimental. « Comme elles ont du mal à appréhender cette monnaie insolite qui ne s’appuie pas sur les banques centrales, certaines entreprises préfèrent en comprendre les mécanismes tant qu’elle est relativement peu utilisée », explique Olivier Vialle, associé chez PwC. Dans une étude récente, le cabinet note que ces « early adopters » se trouvent surtout dans les médias, les loisirs, le tourisme, les télécommunications et, bien sûr, Internet (1 )
Les entreprises américaines en pointe
Ils y voient plusieurs intérêts : le bitcoin peut s’inscrire dans une stratégie globale d’innovation sur les produits ou les moyens de paiement, être un argument marketing pour toucher les 25-40 ans et même doper certains commerces spécialisés dans des ventes de faibles montants et pénalisés par les frais traditionnels de transaction : 1% de commission chez Bitpay, la principale plate-forme de paiement en bitcoins, ou chez Coinbase (au-delà de 1 million de dollars d’achats), contre 2,7% en général chez Visa ou Mastercard et 3,1% chez American Express. Ces intermédiaires ont donc le vent en poupe : Bitpay (voir graphique) gère l’équivalent de 1 million de dollars de transactions par jour et n’a eu aucun mal à lever 30 millions de dollars auprès de stars comme Richard Branson ou Jerry Yang, le cofondateur de Yahoo. Coinbase s’appuie sur Andreessen Horowitz, le fonds de capital-risque en vue de la Silicon Valley. Les entreprises américaines restent les plus en pointe sur le bitcoin, qui sert déjà à payer les objets virtuels de certains jeux de l’éditeur Zynga, les produits de marques vendus à prix discount par le site Overstock, et les applications d’Apple. Le fournisseur de télévision par satellite Dish s’apprête à les accepter pour ses factures et Starbucks pour ses boissons. Quant à eBay, il veut l’intégrer à PayPal. Mais la « monnaie des geeks » devrait aussi logiquement percer dans les pays émergents, où les micropaiements sont très répandus, les banques sous-développées et les monnaies peu fiables. La rapidité et le faible coût des transactions pourraient, entre autres, favoriser les transferts internationaux d’argent.
(1) How bitcoin is driving digital innovation in entertainment, media and communication, Consumer Intelligence Series, 7  février 2014.
Isabelle Lesniak

http://www.lesechos.fr/

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